Voici la grille gratuite
Dimensions de la grille « Princesse Aurore » : 105/130 points
La Belle au bois dormant
Il était une fois un roi et une reine. Chaque jour ils se
lamentaient : « Ah ! si seulement nous avions un enfant. » Mais d'enfant,
point. Un jour que la reine était au bain, une grenouille bondit hors de l'eau
et lui dit : « Ton vœu sera exaucé. Avant qu'une année soit passée, tu mettras
au monde une fillette. » Ce que la grenouille avait prédit arriva. La reine
donna le jour à une fille. Elle était si belle que le roi ne se tenait plus de
joie. Il organisa une grande fête. Il ne se contenta pas d'y inviter ses
parents, ses amis et connaissances, mais il invita aussi des fées afin qu'elles
fussent favorables à l'enfant. Il y en avait treize dans son royaume. Mais,
comme il ne possédait que douze assiettes d'or pour leur servir un repas, l'une
d'elles ne fut pas invitée.
La fête fut magnifique. Alors qu'elle touchait à sa fin, les
fées offrirent à l'enfant de fabuleux cadeaux : l'une la vertu, l'autre la
beauté, la troisième la richesse et ainsi de suite, tout ce qui est désirable
au monde. Comme onze des fées venaient d'agir ainsi, la treizième survint tout
à coup. Elle voulait se venger de n'avoir pas été invitée. Sans saluer
quiconque, elle s'écria d'une forte voix : « La fille du roi, dans sa quinzième
année, se piquera à un fuseau et tombera raide morte. » Puis elle quitta la
salle. Tout le monde fut fort effrayé. La douzième des fées, celle qui n'avait
pas encore formé son vœu, s'avança alors. Et comme elle ne pouvait pas annuler
le mauvais sort, mais seulement le rendre moins dangereux, elle dit : « Ce ne
sera pas une mort véritable, seulement un sommeil de cent années dans lequel
sera plongée la fille du roi. » Le roi, qui aurait bien voulu préserver son
enfant adorée du malheur, ordonna que tous les fuseaux fussent brûlés dans le
royaume. Cependant, tous les dons que lui avaient donnés les fées
s'épanouissaient chez la jeune fille. Elle était si belle, si vertueuse, si
gentille et si raisonnable que tous ceux qui la voyaient l'aimaient.
Il advint que le jour de sa quinzième année, le roi et la
reine quittèrent leur demeure. La jeune fille resta seule au château. Elle s'y
promena partout, visitant les salles et les chambres à sa fantaisie.
Finalement, elle entra dans une vieille tour. Elle escalada l'étroit escalier
en colimaçon et parvint à une petite porte. Dans la serrure, il y avait une clé
rouillée. Elle la tourna. La porte s'ouvrit brusquement. Une vieille femme
filant son lin avec application était assise dans une petite chambre.
« Bonjour, grand-mère, dit la jeune fille. Que fais-tu là ?
— Je file, dit la vieille en branlant la tête.
— Qu'est-ce donc que cette chose que tu fais bondir si
joyeusement ? » demanda la jeune fille.
Elle s'empara du fuseau et voulut filer à son tour. À peine
l'eut-elle touché que le mauvais sort s'accomplit : elle se piqua au doigt. À
l'instant même, elle s'affaissa sur un lit qui se trouvait là et tomba dans un
profond sommeil. Et ce sommeil se répandit sur l'ensemble du château. Le roi et
la reine, qui venaient tout juste de revenir et pénétraient dans la grande
salle du palais, s'endormirent. Et avec eux, toute la cour. Les chevaux
s'endormirent dans leurs écuries, les chiens dans la cour, les pigeons sur le
toit, les mouches contre les murs. Même le feu qui brûlait dans l'âtre
s'endormit et le rôti s'arrêta de rôtir. Le cuisinier, qui était en train de
tirer les cheveux du marmiton parce qu'il avait raté un plat, le lâcha et
s'endormit. Et le vent cessa de souffler. Nulle feuille ne bougea plus sur les arbres
devant le château. Tout autour du palais, une haie d'épines se mit à pousser,
qui chaque jour devint plus haute et plus touffue. Bientôt, elle cerna
complètement le château, jusqu'à ce qu'on n'en vît plus rien, même pas le
drapeau sur le toit.
Dans le pays, la légende de la Belle au bois dormant — c'est
ainsi que fut nommée la fille du roi — se répandait. De temps en temps, des
fils de roi s'approchaient du château et tentaient d'y pénétrer à travers l'épaisse
muraille d'épines. Mais ils n'y parvenaient pas. Les épines se tenaient entre
elles, comme par des mains. Les jeunes princes y restaient accrochés, sans
pouvoir se détacher et mouraient là, d'une mort cruelle.
Au bout de longues, longues années, le fils d'un roi passa
par le pays. Un vieillard lui raconta l'histoire de la haie d'épines. Derrière
elle, il devait y avoir un château dans lequel dormait, depuis cent ans, la
merveilleuse fille d'un roi, appelée la Belle au bois dormant. Avec elle dormaient
le roi, la reine et toute la cour. Le vieil homme avait aussi appris de son
grand-père que de nombreux princes étaient déjà venus et avaient tenté de
forcer la haie d'épines ; mais ils y étaient restés accrochés et y étaient
morts d'une triste mort. Le jeune homme dit alors : « Je n'ai peur de rien, je
vais y aller. Je veux voir la Belle au bois dormant. »
Le bon vieillard voulut l'en empêcher, mais il eut beau
faire, le prince ne l'écouta pas. Or, les cent années étaient justement
écoulées et le jour était venu où la Belle au bois dormant devait se réveiller.
Lorsque le fils du roi s'approcha de la haie d'épines, il vit de magnifiques
fleurs qui s'écartaient d'elles-mêmes sur son passage et lui laissaient le
chemin. Derrière lui, elles reformaient une haie. Dans le château, il vit les
chevaux et les chiens de chasse tachetés qui dormaient. Sur le toit, les
pigeons se tenaient la tête sous l'aile. Et lorsqu'il pénétra dans le palais,
il vit les mouches qui dormaient contre les murs. Le cuisinier, dans la cuisine,
avait encore la main levée comme s'il voulait attraper le marmiton et la bonne
était assise devant une poule noire qu'elle allait plumer. En haut, sur les
marches du trône, le roi et la reine étaient endormis. Le prince poursuivit son
chemin et le silence était si profond qu'il entendait son propre souffle.
Enfin, il arriva à la tour et poussa la porte de la petite chambre où dormait
la Belle.
Elle était là, si jolie qu'il ne put en détourner le regard.
Il se pencha sur elle et lui donna un baiser. Alors, la Belle au bois dormant
s'éveilla, ouvrit les yeux et le regarda en souriant. Ils sortirent tous deux
et le roi s'éveilla à son tour, et la reine, et toute la cour. Et tout le monde
se regardait avec de grands yeux.
Dans les écuries, les chevaux se dressaient sur leurs pattes
et s'ébrouaient ; les chiens de chasse bondirent en remuant la queue. Sur le
toit, les pigeons sortirent la tête de sous leur aile, regardèrent autour d'eux
et s'envolèrent vers la campagne. Les mouches, sur les murs, reprirent leur
mouvement ; dans la cuisine, le feu s'alluma, flamba et cuisit le repas. Le
rôti se remit à rissoler ; le cuisinier donna une gifle au marmiton, si fort
que celui-ci en cria, et la bonne acheva de plumer la poule.



























.gif)
